Lumières sur l’Expérience Professionnelle.
Introduction
L’expérience professionnelle est un concept clé dans le champ de la formation des adultes.
Beaucoup de travaux théoriques et pratiques se sont intéressés à l’étude de l ‘expérience
eu égard à sa valeur indéniable à la construction et au développement de compétences
professionnelles nécessaires à l’exécution des tâches prescrites. L’expérience, prise parfois
comme synonyme de l’activité, figure dans le champ de l’analyse des activités de travail ou
l’analyse de pratiques. Et c’est surtout dans les milieux de travail que ce terme prend tout
son ampleur. En fait, l’expérience est tant recherchée autant par les individus que les
entreprises. Ces dernières lui accordent une attention particulière. Ceci dit, l’expérience bien
qu’elle soit valorisée et recherchée, on continue de la qualifier d’ « informelle, comme si,
derrière le flou et l’incertitude que ce qualificatif génère, on pouvait y mettre tout, ou bien
plutôt quelque chose d’indéfinissable dont on aurait du mal à faire le tour, quelque chose de
caché qui serait malgré tout à éveiller… » (C. Clénet, 2006).
A travers les paragraphes ci-dessous, nous allons tenter justement de jeter la lumière sur ce
concept à partir des travaux théoriques ayant traité de la question. Nous analyse débutera
par une définition de l’expérience puis une position de la problématique qu’elle pose.
Laquelle problématique sera structurée selon quatre principaux axes : la Valorisation de
l’expérience où nous essaierons d’évoquer certains modes de reconnaissance de
l’expérience ; la Construction de l’expérience où il sera question d’explorer les modalités
d’acquisition de l’expérience ; la Formalisation de l’expérience en tant qu’objet souvent
présenté comme difficile à formaliser ; et enfin, la Transmission de l’expérience où l’on
traitera des difficultés et des manières possibles de son transfert.
Vers une définition de l’expérience
Concept complexe, se prêtant difficilement à une définition définitive, telles sont les
caractéristiques de la notion d’expérience. En fait, ce mot recouvre plusieurs sens et revoit à
plusieurs dimensions. Généralement, l’expérience est définie comme étant la connaissance
acquise par la pratique jointe à une réflexion ou accompagnée d’une réflexion (sens usuel),
et l’expérience comme mise à l’épreuve, comme tentative. De ces deux définitions, Jean
Vincens nous invite à distinguer entre expérience-acquisition ( qui renvoie à ce que le
sujet peut acquérir comme connaissance et savoir faire à travers la pratique, la fréquentation
de gens expérimentés ou encore par la formation ou dans des milieux de travail) et
l’expérience-révélation ( prise ici comme signal qui révèle notre capital expérientiel , nos
compétences, c.-à-d. ce que nous avons pu accumuler au fil du temps à travers nos
formations, nos contacts et notre intelligence sociale. ceci peut être vérifié par la mise à
l’épreuve de nos connaissances et acquis dans des situations de travail bien déterminées).
Que l’expérience soit considérée comme étant le résultat d’acquisitions ou comme révélation
de potentiels, sa valorisation, sa construction, sa formalisation et sa transmission suscitent
beaucoup d’interrogations qui feront objet de notre réflexion dans les paragraphes suivants :
La construction de l’expérience
Pour DEWEY, « l’expérience est un processus continu et évolutif (un continuum
expérimental), qui tend vers un but et qui prend sens dans la vie de la personne. Et chaque
expérience contribue à former l’individu à des expériences futures plus poussées et plus
constructives. Mais l’expérience est aussi un processus social, qui suppose contacts et
échanges, confrontations et enrichissements : les interactions et la rencontre des
subjectivités participent ainsi à la formation des individus. ». Plus loin encore, LINDEMAN et
DEWEY affirment que « l’expérience se confond avec la vie elle-même ».
S’intéresser à l’expérience, c’est donc s’intéresser à la vie humaine. Ainsi, l’expérience n’est
jamais définitive car elle s’acquiert tout au long de la vie.
Maintenant, comment se construit cette expérience et selon quels processus ?
Pour approcher cette question, nous tenons à souligner que le mode royal d’accès à
l’expérience demeure l’apprentissage. L’expérience et l’apprentissage apparaissent donc
comme deux processus consubstantiels. Qu’il soit formel on non formel, l’apprentissage
conduit à la formation de l’expérience. Deux processus relatifs à l’apprentissage sont à
retenir : Un processus individuel et un autre social. Pour ce qui est du processus individuel, il
revoit au sujet qui développe des moyens d’action, des capacités à interpréter
l’environnement pour la construction de l’expérience. « Ces processus de développement
des habitudes d’interprétation sont nommés “apprentissages interprétatifs”. » Quant aux
processus collectifs ou sociaux, ils renvoient à la capacité de l’individu à s’intégrer dans son
milieu et de pouvoir tirer profit des possibilités que lui offre son environnement. Ceci dit,
certains auteurs ne manquent pas de souligner que « cette plongée dans la sociabilité du
travail peut avoir des effets pervers et limitants pour le développement. »
Valorisation de l’expérience
Dans notre société actuelle, l’expérience est de plus en plus valorisée. La preuve en est
qu’un bon nombre de dispositifs sont conçus pour permettre à l’expérience de se manifester
et aux gens expérimentés de trouver leurs places que ce soit dans les milieux de formation
ou de travail. La validation des acquis de l’expérience (VAE) en est la figure emblématique.
La (VAE) est un dispositif qui permet à toute personne, quel que soient son âge, son
niveau d’études ou son statut, de faire valider les acquis de son expérience pour obtenir une
certification professionnelle. Trois ans d’expérience en rapport avec le contenu de la
certification visée sont nécessaires. Ce dispositif a été institutionnalisé en France par la loi
du 17 janvier 2002.
La (VAE) peut donc être considérée comme une « seconde chance » offerte à des
personnes n’ayant pas pu suivre un cursus de formation académique ou n’ayant à leur actif
que leur formation scolaire initiale et/ou leur expérience professionnelle ou de vie. La mise
en place de ce dispositif incarne donc une reconnaissance officielle des apprentissages
informels effectués en dehors de la voie « normale » de la formation. Ainsi, en
institutionnalisant cette mesure, l’état reconnaît l’existence de d’autres formes et modalités
d’apprentissage qui sont aussi valides que les formations dispensées dans les
établissements de formation dite formelle. Poussé par l’obligation de reconnaitre aux gens
leurs compétences et savoirs provenant de leurs apprentissages formels ou non formels ou
poussé par la conviction de la valeur d’une telle démarche, l’état a contribué –grâce à ce
dispositif– à la qualification des chercheurs d’emploi par la certification, leur facilitant ainsi
l’accès au travail.
La formalisation de l’expérience
La formalisation de l’expérience est encore un autre défi lancé aux chercheurs, formateurs et
chefs d’entreprises. Comment donner forme à nos expériences pour qu’on puisse en profiter
pour le développement de nos compétences professionnelles et celles d’autrui ? Comment
mettre en mots des expériences que l’on a acquises selon des procédés et processus
propres à chacun et dans des contextes et des situations variées ?
Si les savoirs d’expérience sont difficiles à formaliser et à expliciter car ils correspondent à
un ensemble de manières d’être, de penser, de faire face à une situation de travail ; il est
toutefois possibles de les analyser et d’en tirer des enseignements qui nous permettent de
développer nos connaissances sur les modes et processus de construction et de transfert de
ces expériences.
Les théories d’analyse des activités de travail nous offrent tout un éventail de possibilités à
mettre en œuvre pour formaliser l’expérience professionnelle que ce soit à des fins de
formation ou d’exploitation des résultats de cette analyse dans les processus d’amélioration
des activités et des tâches assignées aux sujets. […]
Conclusion
Pour conclure, quel enseignement tiré de l’intérêt accordé par l’andragogie à l’expérience
des adultes ? Quelle est la finalité de la formation qu’elle soit formelle ou non formelle, si ce
n’est de préparer les individus à occuper des positions professionnelles, à se
professionnaliser, à s’insérer ou à se réinsérer professionnellement et à maintenir les
conditions de leur employabilité ? Le travail n’est-il pas un moyen d’insertion sociale ? C’est
là donc tout l’enjeu social : la professionnalisation des formations et des professionnels sur
le registre de la construction des compétences tout au long de la vie.
Une chose est à ajouter : les temps d’incertitudes et des changements accélérés où nous
vivons nous imposent de revisiter constamment nos expériences et compétences en faveur
d’une aptitude au changement et à l’adaptation.